Paroles d’Anims : Les coulisses des projets de jeunes

Accompagner les projets des enfants, des jeunes, c’est écrit dans les fonctions d’un anim BAFA et c’est pourtant assez rarement fait… Accompagner un projet de jeunes
A Evasoleil, chaque anim va accompagner chaque semaine plusieurs petits groupes d’organisateurs à penser, organiser et animer leurs activités.

Et notre expérience nous montre que plus les activités des jeunes sont bien vécues, plus l’ensemble du projet de séjour est réussi. C’est LA partie centrale de notre projet.

Cet article a été co-écrit par des anims et directeurs du séjour qui ont expérimenté cet exercice auprès des jeunes : 

  • Samuel qui a été animateur auprès des enfants, des préados et des ados
  • Sylvain, qui, dans ses fonctions de directeur du séjour, et dans ses expériences à Evasoleil et ailleurs, a accompagné également des projets auprès des enfants et des jeunes (voir vidéo sur ce sujet)
  • Ilian, qui a accompagné des projets auprès des préados et des ados à Evasoleil
  • Anaïs qui a accompagné des projets d’ados
  • Coline, qui a accompagné des projets auprès des préados
  • Clément qui a accompagné des projets auprès des enfants, et des adolescents en tant qu’animateur et qui a, par ses expériences d’adjoint, accompagné des anims dans cet exercice
  • Océane qui a accompagné des projets d’enfants à Evasoleil

Comment stimuler et révéler la créativité des jeunes ? Quelles méthodes ou postures permettent d’encourager leur imagination et leur prise d’initiative ?

Samuel : Une des techniques les plus faciles et de stimuler la créativité dès la phase de construction des activités. Une fois que l’activité est notée sur le papier, qu’elle soit déjà bien construite avec une bonne description.
Maintenant pour ce qui est de stimuler la créativité le plus facile est de croiser les idées entre elles ; ça va permettre d’enrichir l’activité mais aussi de prendre en compte tous les avis. Pour se faire, à ce moment-là, il faut aussi leur présenter toutes les possibilités de matériel et de lieu qui sont à leur disposition car ils n’en ont pas toujours conscience.
Ensuite leur demander constamment s’ ils peuvent pas aller plus loin, s’ils peuvent pas faire mieux, ou plutôt s’ils sont vraiment satisfaits de leur activité. Leur dire qu’ils n’ont pas de limite dans la créativité possible.

Sylvain : Je cherche souvent à dépasser l’expérience du vécu (exemple “on avait fait ça l’année dernière”) pour chercher des idées folles, droles, impossibles, farfelues, comme une blague qui enrichirait l’idée de départ. J’en propose une ou deux pour en susciter d’autres en face, jusqu’à que l’une d’elles puisse nous amener à quelque chose d’intéressant. Un peu de piment qui va nous sortir de notre zone de souvenir pour nous amener à inventer, chercher, imaginer, créer.

Ilian : Parfois, plutôt que de faire miroiter les innombrables possibilités et perdre quelques reclus qui n’ont pas encore la motivation de réfléchir à ces vastes possibilités, je m’amuse au contraire à donner l’impression que je les contrains.  Comment cette activité peut évoluer si on doit la faire à la plage, si on ne doit utiliser que le matériel en réserve, si on doit la mixer à telle autre activité, si on devait impressionner un jury spécifique (qui peut d’ailleurs réellement exister), ou encore si on devait avoir une thématique à faire vivre dans notre activité (une passion commune par exemple).

Comment accompagner les jeunes tout au long du projet ? Quels conseils/tips donneriez-vous pour les guider sans faire à leur place ?

Planning de préparation d_activités 1
Planning de préparation d’activités 1

Samuel : Je demande aux jeunes comment ils s’organisent, comment ils vont… C’est plutôt simple mais ça les oblige à se poser des questions du style “est-ce qu’il faut réserver le matériel ?”, “est-ce que il faut faire attention à la sécurité ?” (exemple chasse à l’homme), “est-ce qu’il faut prévoir les mini bus, un repas, un terrain de volley ?” 
Point de vigilance : Les questions doivent être neutres et pas orientées pour avoir une réponse que vous attendiez, sinon on manipule. Le but des questions est vraiment d’ouvrir le panel de possibilités qui est offert.

Anais : Je pense qu’il faut être clair avec les jeunes dès le début : on les accompagne mais on ne fait pas à leur place. La confiance en eux est aussi primordiale, ils doivent être convaincus tout au long de la préparation qu’ils y arriveront malgré les obstacles. Et c’est notre rôle d’accompagnateur, stimuler leur créativité, leur suggérer des idées (de lieu qu’on connaît mieux qu’eux forcément) mais aussi leur dire des paroles encourageantes et surtout les faire prendre conscience de ce qu’ils font (“Est ce que vous êtes fiers de vous ?, “Vous avez vu comme les autres été trop contents ?”, “Perso j’ai passé un trop bon moment et vous ?”, “Vous avez eu une trop bonne idée sur ce point. etc etc) !

Ilian : Ne pas hésiter à viser haut dans les débuts, des balbutiements de l’organisation. Certains jeunes seront très impressionnants et souvent (et c’est normal, c’est ce qui est censé être) plus motivés et investis que nous, jusqu’à s’organiser et améliorer des points sans vous. Et d’autres qui sont un peu plus fragiles ou moins investis.
Il peut se passer deux choses (qui peuvent se produire en même temps) dans ce que j’ai vécu : 
1- On les rattrape par leurs “obligations” : “Ah c’est vrai, faut organiser tout ca, bah comment on va faire ?”, “Va falloir s’organiser pour faire ce qu’on veut etc” 
2- D’un commun accord, on baisse un peu les exigences, pour que ça paraisse plus faisable et se motiver. J’ai très rarement eu des déceptions auprès des organisateurs en faisant ça, parce qu’on avait déjà poussé loin les envies, donc ça restait en dehors du banal, et on valorisait l’évolution du projet de jeunes pour qu’il aboutisse.

Comment s’organiser efficacement en tant qu’animateur.trice ? Quelles stratégies mettre en place pour gérer son temps, son groupe et les différentes étapes du projet ?

Outil 1 d’organisation personnelle pour les anims

Outil 2 d’organisation personnelle pour les anims

Coline : Personnellement, quelque chose qui m’aidait beaucoup, c’était de mettre des alarmes sur mon téléphone à plusieurs moments de la journée (trajet pour aller au surf, repas du midi, temps avant l’Agora, repas du soir) avec les noms des jeunes à qui aller parler. Tous les matins, je préparais mes alarmes de la journée selon les jeunes que j’accompagnais, comme ça j’avais pas besoin d’y penser toute la journée et quand l’alarme sonnait, j’allais voir les jeunes du groupe.
Une autre chose que j’ai réalisée à la moitié du mois, c’est que même si je ne pouvais pas parler à tous les jeunes du groupe en même temps ce n’était pas grave, j’allais parler à quelques jeunes du groupe et je leur demandais de communiquer entre eux puis de revenir me voir quand ils auraient fini (par exemple de réserver le matériel ou autre).

Samuel : Je vous conseille d’avoir une feuille de route où les jeunes notent toutes leurs avancées (c’est eux qui la tiennent et qu’ils l’ont) et de mettre des deadlines avec eux.
Je vous conseille aussi d’avoir parfois vos propres feuilles au cas où il la perdent. Ca permet aussi de s’organiser et de voir les progrès le soir en réunion de vos groupes.
Le but n’étant pas de voir très longtemps son groupe de jeunes ; c’est plutôt de les relancer plein de fois sur la route de la créativité. Pour le reste, ils savent faire.

organisation de l'animateur

Clément : En tant qu’animateur, s’organiser, c’est selon moi l’étape cruciale pour la réussite du projet de jeunes.
Les journées sont longues mais le temps passe très vite en colo ! Dès que je savais de quels projets j’étais référent, je me construisais un planning dans lequel j’inscrivais tous les moments où les jeunes à l’initiative du projet et moi allions être disponibles et au même endroit. J’anticipais aussi beaucoup ces moments en prévenant les jeunes à l’avance “On pourrait essayer de se prendre 10 minutes tous les quatres en rentrant de la plage demain après-midi ? à priori on sera tous sur le camp”. Ca permettait à la fois de les autonomiser car ils ne souhaitaient pas arriver à notre rendez-vous sans avoir avancé sur le projet en amont. Et puis prévoir ces petits rendez-vous avait également comme objectif de leur permettre de planifier leur journée autour de ça, pour pas que ce moment apparaisse comme une contrainte imposée en dernière minute et viennent casser une activité, ou quelque chose qu’ils avaient entrepris. 

organisation détaillee des anims

Comment mener à bien le projet le jour J ? Quelles sont les clés pour assurer une réalisation réussie et valorisante pour les jeunes ?

Un projet graff avec les preados
Un projet graff avec les preados

Anais : Dans un premier temps, il faut être au clair avec les jeunes sur le temps de préparation/ de trajet que demande leur activité. À partir de ce moment-là, les jeunes doivent avoir le réflexe de commencer leur préparation sans nous attendre (nous anims toujours débordés mdr). Il vaut mieux aussi qu’ils aient pu se répartir les tâches de la préparation car parfois certains se retrouvent à tout faire et donc se tendent avant le début de leur activité, ce qui gâchent leur plaisir et donc aussi la valorisation de leur prépa. Une fois que le temps et la répartition sont ok dans leur tête, il faut vérifier que tout le matos est présent (pas ramener par inadvertance en réserve ou pris par d’autres jeunes pour les utiliser en temps informel) et en quantité suffisante. Il faut penser aussi à ce que les consignes sur l’activité soient claires pour éviter le stress pendant l’activité !
Pour finir, qu’ils aient prévu des extensions ou que cela soit assez long pour éviter l’essoufflement de l’activité.
Je pense qu’avec tout ça, ils pourront kiffer leur activité avec leurs camarades et se sentir très fiers d’eux (ne pas oublier de leur rappeler à quel point ils sont incroyables et que leur activité est au niveau de leur ingéniosité !!!)

Sylvain : Je crois d’abord que beaucoup de la motivation du jour même vient de l’idée de départ et des jours précédents. Ca peut être difficile de rallumer une flamme éteinte, le jour même.
Pour ma part, le jour J, j’ai toujours essayé de me surmotiver pour tenter de transmettre cette envie, ce plaisir à partager nos motivations, de les transformer en une excitation commune de réussir, de faire vivre quelque chose de génial. Ça passe beaucoup par “donner envie en faisant, en étant”.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ? Quels obstacles avez-vous identifiés et comment les avez-vous surmonté ?

Un projet chez les enfants
Un projet spectacle chez les 6-10 ans

Coline : Le plus grand obstacle pour moi, c’était de voir certains groupes se démotiver en voyant peu d’inscrits à leur activité ou se décourager la vieille de l’activité. Souvent cela arrivait pour des activités en fin de semaine, quand les jeunes commençaient à fatiguer. 
Alors je faisais un point avec les jeunes du groupe pour essayer de comprendre et parfois, ils faisaient un peu de publicité de leur activité à l’assemblée et ça marchait plutôt bien.
Parfois nous avons aussi dû faire quelques changements sur l’activité pour qu’elle soit plus facilement faisable en dernière minute, surtout quand le groupe n’avait pas beaucoup préparé leur activité.
Mais c’est surtout une grande leçon pour chaque semaine sur l’importance de vraiment accompagner les jeunes, aller les voir plusieurs fois, leur poser les bonnes questions, parler de leurs doutes au début du processus pour leur permettre d’avancer le plus facilement possible.

Anais : Le plus compliqué, c’est trouver le temps, prendre le réflexe d’anticiper (on bassine les jeunes avec ça mais on est pas toujours de bon exemple haha) le fait d’aller voir les jeunes et d’être sûr qu’ils ont tout en tête. Je trouve aussi que parfois leur manque de motivation ou de confiance en eux est déroutant et qu’il faut cogiter très vite pour leur répondre efficacement et leur redonner envie d’y aller. En somme, il faut réussir à se motiver, autant, voire plus qu’eux pour mener à bien l’activité. S’ils voient qu’on s’en fiche, qu’on apprécie pas leur activité, cela se ressent et plombe la dynamique collective (et je sais que parfois la fatigue etc fait que c’est dur de se mettre dedans, et pourtant, on peut prendre du plaisir même dans des activités qu’on s’attendait pas !)

Océane : Chez les 6-10 ans, je trouve que le plus difficile est que le planning se fasse au jour le jour ; il faut donc vraiment être carré.e sur l’organisation et anticiper en équipe les temps à utiliser pour accompagner les préparations des activités avec les enfants. Ca peut également causer des soucis au niveau de l’emprunt du matériel comme les autres groupes d’âge font leurs réservations en avance.
Si on entend une idée revenir et qu’on sait qu’elle va être choisie en assemblée, il est parfois utile de vérifier le tableau de réservations…
Aussi, il faut s’adapter au niveau d’autonomie des groupes d’organisateur.ices, faire en sorte de ne pas dénaturer et influencer avec notre regard d’adulte l’idée de base chez les groupes qui ont besoin de plus d’aide.
Pour ça, ne pas hésiter au moment d’organiser l’activité à poser des questions ouvertes “Combien d’équipes on fait ? Quand on les fait ? Comment le jeu se finit ?”.
Il faut aussi trouver d’autres moyens d’exprimer les idées pour celleux qui ont des difficultés à l’oral ou à l’écrit (faire un dessin/un plan du jeu par exemple)… Avec les enfants, je trouve aussi que c’est plus complexe de leur faire prendre conscience des lieux et du matériel qu’iels peuvent exploiter pour organiser leur activité. Souvent, quand l’idée était un peu floue, je demandais aux organisateur.ices d’aller à la réserve (seul.es si possible, encore une fois suivant le niveau d’autonomie) et de regarder le matériel puis de revenir me voir avec une liste de ce qu’iels pourraient utiliser.

Pour aller plus loin

 

Publié le 1 juin 2026 Par Evasoleil
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