Le projet d’enfants en accueil collectif de mineurs

Pourquoi des projets d’enfants ?

Notre petite expérience dans la mise en place des projets d’enfants en ACM devait être partagée. Il y a trop peu d’outils disponibles pour les animateurs et directeurs pour ne pas témoigner.

Dans cette très (trop?) longue page, nous essayons de donner des arguments, des outils, une méthode pour aider les équipes qui souhaiteraient développer la démocratie participative de cette façon dans leur structure.
Notre expérience ne vaut pas science exacte. Nous serions heureux de partager avec d’autres structures nos expérimentations. Nous pouvons aussi répondre aux demandes particulières (n’hésitez pas à poster en commentaire vos questions).
Enfin, nous intervenons auprès d’équipes volontaires, dans les structures, pour proposer des temps de formations d’équipe.

En général

Que la volonté vienne de l’organisateur, du directeur ou de l’animateur, la raison est souvent la même : donner aux enfants l’expérience de mettre en place une idée qui vient d’eux parce que c’est leur temps libre, parce qu’ils vont apprendre différentes choses dans de multiples domaines, et parce qu’ils s’y intéresseront davantage.
Ce qui parait être une évidence est pourtant assez rare car les équipes craignent de nombreuses réactions de la part des enfants eux-mêmes, des élus et des parents.

A Evasoleil

colonie de vacances adoCe sont les mêmes raisons pour nous.

Nous pensons que les enfants ont le droit de choisir ce qu’ils font pendant leurs temps libres, leurs vacances. Un peu comme pour nous, adulte, qui refusons pendant nos vacances que quiconque nous dicte ce que nous devons faire.

C’est aussi notre interprétation de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, et en particulier :

  • L’article 12 : “Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité”,
  • L’article 13 : “L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant“.

Enfin, c’est une évidence pédagogique liée à notre projet associatif qui vise le vivre-ensemble et l’apprentissage à la citoyenneté, dans une démarche générale d’éducation populaire.
La question qui se pose enfin est : “Si nos structures éducatives ne permettent pas aux enfants d’expérimenter la mise en place de projets personnels, qui d’autre le fera?”. Ça renvoie naturellement au diagnostic de la vie moyenne d’un enfant en France qui n’apprend pas à construire, défendre et mettre en place ses idées à l’école. Sans expérimentation pendant l’enfance, nous nous demandons comment tout à coup, à 18 ans, on peut prendre en charge sa vie et conduire des projets.

Les freins à la mise en place des projets d’enfants, et leurs remèdes

Tout d’abord, nos expériences dans différentes collectivités et associations nous ont montré que le premier vrai frein est la peur des équipes d’animation.

On entend pourtant d’autres raisons, partout où le projet n’a pas (ou mal) été mis en place: “Les élus veulent un planning un mois à l’avance”, “les parents veulent savoir ce que leurs enfants vont faire pour les y inscrire ou non”, “si on demande aux enfants ce qu’ils veulent faire, ils feront toujours foot ou des parcs d’attractions”, “l’animateur sait mieux que l’enfant ce qu’il doit lui apprendre”, “Et si chaque enfant veut faire une activité différente ?”…

Les seuls freins sont, à notre avis, la peur de l’animateur et un formatage qui le conduit à devenir une bibliothèque humaine d’activités.
En effet, il est habitué à créer, à apprendre pour connaître toujours plus de chansons, de jeux, d’activités manuelles… Et il est confronté à ce non-sens parfois dès sa formation générale BAFA.
Quelques fois, la difficulté augmente : Le directeur donne un thème ! Et l’animateur doit remplir un planning d’activités… Il doit jongler entre les activités qu’il connaît et les inventions de sa direction.

De quoi a t-on peur? Peut-être inconsciemment de perdre une partie de son pouvoir, du contrôle qu’on a de ses journées. Peur de ne pas y arriver.
Souvent, les animateurs que nous recrutons nous posent la question : “Mais si je n’anime pas, qu’est ce que je vais faire ?”.

Alors, on répond aux questions qui nous embêtent ?

  • Les élus veulent un planning un mois à l’avance ? : Oui, s’ils n’ont pas mieux… Les élus veulent surtout que l’ACM satisfasse la population (si c’est une ville), ou les adhérents (si c’est une association). Si l’ACM fonctionne depuis des années avec des plannings d’activités élaborés par les animateurs, les élus souhaiteront l’avoir encore plus en amont pour améliorer la seule communication à donner aux usagers. Ça parait normal…
    Les élus veulent que leurs centres tournent bien, que les enfants soient contents et que leurs parents soient satisfaits. Donc une présentation argumentée du projet d’enfants suffira à les convaincre si on les rassure sur la question suivante…
  • Les parents veulent savoir ce que leurs enfants vont faire pour les y inscrire ou non ? : Pourquoi? Parce que les enfants aiment venir au centre quand il est programmé certaines activités et pas les autres fois.
    Que se passera t’il lorsque vous ne programmerez que les activités voulues par les enfants ? Ils voudront participer à toute la mise en place du projet qu’ils ont construit…
    Lorsqu’on est parent, on veut que notre enfant se plaise dans la structure. On veut qu’il y fasse des activités originales, et pour certains parents, qu’il y apprenne des choses.
    A priori, le projet d’enfants va répondre directement à la problématique de l’enfant qui ne veut pas venir lorsque ça ne lui plait pas. Ça lui plaira tout le temps puisque c’est lui qui composera le programme.
    Reste donc à convaincre les familles… Selon la population, l’équipe et sa crédibilité, il faut choisir le bon mode de communication : réunion d’information, mise en place d’un conseil de parents, d’une enquête par sondage, d’une période de vacances test etc.
  • Si on demande aux enfants ce qu’ils veulent faire, ils feront toujours foot ou des parcs d’attractions ?: C’est faux. Et le projet d’enfants, s’il se construit avec une méthode pédagogique adaptée évitera à tous les coups ce problème.
    Vous avez besoin tout de même d’être rassuré(e) ? Ajoutez la règle du “jamais deux fois le même projet”, et l’affaire est réglée 😉
  • L’animateur sait mieux que l’enfant ce qu’il doit lui apprendre ? : C’est un point de vue. Nous ne rentrons pas dans le débat. Mais sachez que dans tous les cas, c’est bien l’animateur qui reste garant de l’éducatif.
    Sensibiliser des enfants à l’entraide par exemple, peut se faire dans une activité football, un jeux de société, une activité manuelle, ou artistique, non?
    Il ne faut pas confondre objectif et activité.
  • Et si chaque enfant veut faire une activité différente ? Ça n’arrive jamais. Par contre, il y a souvent plus d’idées que d’animateurs. C’est une problématique fréquente à résoudre. Tout comme la gestion d’un petit groupe d’enfants volontaires pour vivre une aventure, mais pas assez nombreux pour s’approprier un animateur.
    Selon l’âge du public, les locaux, il sera peut-être possible d’organiser des activités en semi-autonomie. Selon les idées des enfants, il sera peut-être possible de regrouper deux idées pour enrichir le projet, ou de proposer plusieurs projets par matinée, et d’autres l’après-midi, d’utiliser des moments informels de la journée… Sinon, il suffira de poser tout simplement la question aux enfants. Ils choisiront peut-être de différer un projet, ou auront une autre idée pour tout faire. Il ne faut pas avoir peur de renvoyer ce problème au groupe. La discussion est enrichissante et éducative.

Et enfin, posons nous les vraies questions, celle de la formation des animateurs, et celle du partage du pouvoir.
Concernant le partage du pouvoir, sachez que l’immense majorité des animateurs qui ont travaillé sur le concept du projet d’enfants ne reviennent plus en arrière… Car c’est tellement plus agréable, plus valorisant d’accompagner les enfants dans leurs projets (5ème fonction légale du BAFA) que de tenter d’imposer le sien.
Concernant la formation des animateurs, c’est en effet à prendre en compte. Malheureusement, les organismes de formation BAFA ne forment pas à ça. Pourquoi? Parce que les formateurs sont des directeurs (ou ex-directeurs) d’ACM… Ils forment à ce qu’ils connaissent, et c’est bien normal, c’est aussi ce qu’on fait!
Il faudra donc prévoir un temps de formation de l’équipe. Rien de très long. Rien de très compliqué… Evasoleil y arrive en une journée lors de la préparation des séjours, alors que nous devons parler des convoyages, des congés, des contrats etc.
Les outils et méthodes ci-après peuvent aider à monter la séance de formation. Evasoleil forme aussi les équipes, contactez nous 😉

La démarche pour lancer les projets d’enfants

En général

colonie adoNotre expérience nous a convaincu qu’il est préférable de programmer un moment clairement identifié pour que les enfants programment, choisissent, élaborent, conçoivent… Nous pensons que ce temps est indispensable.
Il existe d’innombrables formes pour cela, en fonction du public (âge et effectif) et du choix de l’équipe.

Exemple du forum : L’équipe aménage des tables ressources (des photos de la réserve de matériel, l’officiel des spectacle, un plan de la région, des livres d’activités, des articles, des posters, des affiches sur la programmation locale, les associations locales etc.). Chaque enfant se choisit un ou deux copains de projet et fait le tour des tables pour ensuite imaginer un projet (une aventure, une idée d’activité, peu importe le nom que vous choisirez). Ils peuvent faire une affiche, un dessin pour expliquer leurs idées. Après avoir écouté toutes les idées, on en regroupe, on en discute et on trouve le moyen de tout faire, tous ensemble. Enfin, par groupe de volontaires, avec un animateur, on construit précisément le projet (étapes, planning, liste de matériel etc.)

Exemple de la boîte à idées ou de la fresque d’expression : L’avantage, c’est le temps que l’on laisse aux enfants pour réfléchir, l’inconvénient, c’est le manque de participation de tous. Il faut donc associer l’outil avec l’animation de l’outil. Un animateur doit prendre en charge la boîte à idées, ou la fresque d’expression suffisamment longtemps pour que chaque enfant, au moment où il le souhaite, donne ses idées. La fin de la séance est équivalente à l’exemple ci-dessus (on regroupe, on discute, on trouve les moyens, on construit).

Il existe plein d’autres méthodes pour lister les activités souhaitées : Un “speed-pong” (speed-dating pour rencontrer des idées d’activités), un quizz par équipe (le gagnant propose les activités de son choix), des battles d’équipes pour trouver le maximum d’activités à faire en extérieur, au parc, à la plage, dans le centre etc.
Attention seulement à ce que la forme ne dépasse pas le fond et n’empêche pas d’atteindre l’objectif : lister les activités, les idées que les enfants souhaitent vraiment vivre. Exemple de problème rencontré : pour gagner, une équipe propose des activités que personne ne souhaite vivre en réel.

A Evasoleil

Nous avons testé pas moins de 50 veillées de programmation d’activités…
Aujourd’hui, nous pensons qu’en colo, il faut au moins une demi-journée pour que les enfants s’approprient le fonctionnement et le comprennent avant de vivre cette fameuse veillée.
Pendant ce temps, un animateur s’occupe de faire vivre une fresque d’idées d’activités. Il y passe tout son temps. Parfois, les animateurs se relayent. La fresque est affichée dans un endroit stratégique.

A la fin de la première journée, en veillée, nous organisons un jeu (différent pour les enfants et les ados).

  • planning d'activités colonieChez les 6-10 ans, sous forme d’un jeu, les enfants listent soit des lieux, soit des activités, soit des verbes, soit des choses qu’il aiment (la couleur du papier que chaque binôme tire au sort, à chaque tour, détermine si c’est un lieu, une action ou une chose). A partir d’une vingtaine de papiers de chaque couleur (attention aux doublons), nous arrêtons le jeu et nous nous regroupons. En tirant au sort un papier de chaque couleur, on essaye ensemble d’inventer une activité qui plairait au moins à quelques enfants. On enrichit l’idée éventuellement avec la fresque d’expression. Au bout d’une vingtaine d’activités créées, on pose sur le planning (grande fresque 1m50*4m) la petite fiche de l’activité.
  • fiche activitésAu delà de 11 ans, on s’assure davantage que chaque jeune a pris le temps d’inscrire ses idées sur la fresque. L’animateur de la fresque recopie chaque idée sur une petite fiche A5. Pour un groupe de 40, il faut au moins 60 activités différentes au départ du jeu.
    En veillée du premier soir, par équipe de chambre avec l’animateur référent, les équipes de jeunes se voient distribuer 5 fiches au hasard. Ils ont le droit d’en rendre 2, d’en échanger une avec une autre équipe et doivent en garder au moins 2. Ils doivent, au dos de chaque fiche gardée, imaginer comment peut se dérouler l’activité. Ils commencent à la concevoir. Une fois les 3 fiches remplies, l’équipe lève la main, et l’animateur de la séance en redistribue 5 etc.
    Une fois toutes les fiches distribuées, certaines ont été rejetées par tous les groupes. Celles-ci sont abandonnées. Chaque fiche remplie doit avoir des organisateurs volontaires pour la préparer (un animateur, et au moins 2 jeunes). Les organisateurs vont placer la fiche sur la planning (grande fresque d’1m50*4m). Il faut un résultat d’au moins 40 activités pour 40 jeunes par semaine. Chaque jeune doit être au moins organisateur d’une activité.

Le rôle de l’animateur dans le projet d’enfants

En général

sylvain-stienonL’animateur qui anime un projet d’enfants ne doit pas se tromper : c’est bien lui qui fixe les objectifs éducatifs, pédagogiques, généraux, opérationnels, primaires, secondaires, (selon votre organisme de formation…). Il est garant de la mise en vie du projet éducatif et du projet pédagogique de sa structure. C’est lui qui est garant des besoins des enfants.
Son rôle est donc d’associer, de trouver des ponts entre besoins et attentes, entre objectifs et envies des enfants, entre valeurs et activités.
Nous lui conseillons même d’écrire précisément quels objectifs il se fixe avant de connaître l’activité, le projet qu’il va accompagner. Prenons des exemples :

  • Je veux sensibiliser les enfants au respect du matériel, ils veulent faire un voyage sur la lune. Comment je vais m’y prendre pour aménager avec eux un espace lunaire dans le centre (ce qu’ils souhaitent), tout en les rendant responsable du matériel utilisé?
  • Je veux que les grands s’intéressent aux plus jeunes avec une démarche d’entraide, d’exemplarité, ils veulent faire un voyage sur la lune. Comment je vais m’y prendre pour aménager avec eux un espace lunaire dans le centre (ce qu’ils souhaitent), tout en rendant les grands attentifs aux petits, et accompagnants?
  • Je veux que les enfants apprécient les activités scientifiques et techniques, ils veulent faire un voyage sur la lune. Comment je vais m’y prendre pour aménager avec eux un espace lunaire dans le centre (ce qu’ils souhaitent), tout en les intéressant à des activités scientifiques et techniques?
  • Etc.

L’animateur qui hérite d’une idée à mettre en place doit, le plus possible laisser faire le groupe. C’est la règle d’or. Il est présent, rassemble, reformule, éventuellement équilibre le temps de parole, donne à chacun sa place. Il peut décoincer une situation ou apporter une information (“oui, je pense qu’on peut emprunter un globe terrestre du centre voisin”), mais ne doit pas faire à la place. Il doit encourager, se montrer motivé, volontaire et doit s’assurer que le projet peut réussir. Dans le cas contraire, il explique pourquoi il pense que le projet n’aboutira pas et laisse le groupe soit relever le défi, soit trouver une solution, soit s’y prendre autrement.
L’animateur organise ou fait organiser le temps de préparation : “Les enfants, il faudrait faire un choix car nous n’aurons pas assez de temps pour faire le planning ensuite”.
Enfin, l’animateur préfère poser les questions que d’y répondre (il peut poser les questions liées à son objectif éducatif par exemple : Comment allons nous nous organiser pour ne pas utiliser trop de matériel? ).

Une fois la planification faite, il devra souvent :

  • Informer le directeur du projet pour caler les éléments qui permettront la réussite du projet
  • Communiquer auprès des familles
  • Penser à la valorisation du projet (Inauguration d’un espace, invitations, journal, affiche etc)
  • Trouver des ressources pour enrichir le projet (intervenant, site internet, livre, visite etc)

A Evasoleil

Nous avons à peu près la même démarche décrite ci dessus.
Chez les ados, l’animateur travaille en sous-marin. Il travaille à rassembler régulièrement les jeunes organisateurs pour s’assurer que le groupe avance bien. Il s’assure que tout est bien calé au niveau des réservations, des achats éventuels, du nombre de participants. Sa mission est que l’activité réussisse, que les jeunes mènent une démarche positive, qui aboutira et qui respecte les objectifs du projet (respect et prise en compte de chaque participant, vivre ensemble, citoyenneté, laïcité etc).
Il se renseigne autour de lui pour enrichir l’activité.
Il communique avec le directeur s’il rencontre une difficulté.
L’idée est d’éduquer au compromis, à l’échange, à la prise en compte et à la mise en place d’une idée. Selon les groupes, l’animateur interviendra plus ou moins. Il n’est pas question de laisser échouer un groupe de jeunes peu investis, ça reviendrait à les décourager. Par contre, il est fréquent que l’animateur n’ait pas du tout besoin de participer pour que l’activité soit une vraie réussite.

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Publié le 15 février 2016 Par Evasoleil
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6 réflexions au sujet de « Le projet d’enfants en accueil collectif de mineurs »

  1. Cela manque de citation…
    Je vous propose donc un proverbe amérindien :
    “Tu me dis, j’oublie.
    Tu m’enseigne, je me souviens.
    Tu m’implique, j’apprends.”

  2. Merci pour cet article très riche et complet.
    Je voudrais apporter quelques compléments et nuances. Dans les projet d’enfants, il y en a de deux sortes : les projets collectifs et les projet individuels ou de petits groupes d’affinité.
    Dans le premier cas, il n’agit de permettre l’organisation (la co-construction) du projet (de l’idée) des enfants avec les animateurs à partir de d’une organisation collective qui le permet. En gros, c’est ce qu’on va retrouver dans les pédagogies de la décision, la pédagogie institutionnelle ou chez Freinet. La colo ou le centre de loisir est organisée de telle manière que les envies des enfants vont devenir progressivement des choses à faire ensemble. On débat, on écrit, on fait des annonces, puis on décide ensemble de ce qu’on va faire et on le planifie.
    Dans le deuxième cas, il s’agit de permettre la réalisation d’idée issue directement d’un ou de quelques enfants. En gros, c’est ce qu’on retrouve dans la pédagogie Montessori et particulièrement à la Maison de Courcelles pour les colos et les centres de Loisirs. Le collectif n’existe que dans des groupes d’affinité ou qu’uniquement comme outil nécessaire (pour faire une boom, il vaut mieux être 20 que 3).
    Ce qui distingue ces deux formes pédagogiques est la notion de collectif et de vivre-ensemble. Il y a là un choix pédagogique qui centre l’action de la colo soit sur le collectif qui permettra l’expression individuel, soit sur l’individu qui utilisera le collectif. C’est un choix…
    Pour rappel le modèle classique des colos est uniquement centré sur le groupe et l’expression individuelle se limite à un choix entre 2 ou 3 activités décidées entre adultes.

    Pourquoi les projets d’enfants ne se développe pas plus? La question est bien posée dans cette article : la peur, mais surtout l’envie, le souhait de maitriser, le “besoin” d’avoir de l’autorité sur… Le maire veut savoir ce qui se passe, le parent veut être sûr de ce que son enfant veut faire, le directeur veut maitriser l’ordre dans la colo, l’animateur veut avoir de l’autorité sur les enfants, et en bas de l’échelle l’enfant lui subit toutes ces pressions et volonté de contrôle. Dans ce contexte comment permettre à des enfants de s’exprimer, de construire, d’avoir un espace permettant de faire ce qu’il souhaite.
    A cette lourdeur, il faut ajouter la généralisation de la relation-client. Un parent, aujourd’hui, achète une colo ou un accueil en centre en loisir, il veut un “retour” sur investissement et quoi de mieux qu’un programme ou qu’une activité pour vendre cette colo ou ce centre de loisir. Entre envie de contrôler et retour sur investissement, la place pour un espace créatif co-construit avec les enfants est bien petite…
    Pour autant, les associations ou communes qui ont tenté de le faire, qui ont persisté dans ces manières de construire, montrent que la fréquentation augmente, que les parents et les enfants sont contents de ce qui se passent et que l’un des effets produits par ses pédagogies est la construction d’un vivre-ensemble apaisé et enrichissant. A défaut, le modèle classique associé à la relation-client ne fait que renforcer les séparations, les stigmatisations et les rapports de forces et de violence.

    Evasoleil a raison d’écrire et de vouloir débattre. Faire cela s’est accepter la critique et accepter de chacun peut voir, lire et évaluer le travail fait. Il y a là une démarche à amplifier et à généraliser.
    Si seulement, les colos permettaient de mettre au travail des démarches pédagogiques. Si seulement, les formations BAFA permettaient aux animateurs de construire des modes de relations plus que de la maitrise d’activités. Si seulement, les colos étaient construites comme un espace de vie au lieu d’être une structure éducative. Si seulement…

    Quelques liens vers des écrits et travaux sur le sujet :
    L’enfant à la colo de JM Bataille sur la Maison de Courcelles : http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/ca15_bat.pdf
    Qui c’est le problème ? Du « jeune-problème» à la «situation problème» sur les pédagogies de la décision : https://www.meirieu.com/ECHANGES/BOCQUET_JEUNE_PROBLEME.pdf
    Un document belge (très riche et intéressant) sur la participation des enfants en colo : http://www.centres-de-vacances.be/fileadmin/user_upload/Brochures_et_Outils/Referentiel/livret_VI_-_promouvoir_la_participation.pdf

  3. Merci, merci, merci et merci Jean-Michel pour cet apport conséquent et pertinent.

    C’est un point de vue de chercheur de par ton parcours universitaire en sciences de l’éducation, et les espaces de rencontres entre praticiens et chercheurs sont trop rares pour ne pas être encouragés.
    Mais c’est aussi un point de vue de praticien de par ton expérience de terrain de la colo, et les débats entre animateurs sur ces questions sont, là aussi, trop rares.

    Comme tu l’as compris, Evasoleil a choisi une forme de pédagogie de la décision, plus proche donc de Freinet que de Montessori. Cependant, comme chacun qui a fait ce choix, nos colos permettent, durant de longs moments, ce que la pédagogie de la liberté développe.
    Et je suppose, (et tu y fais référence quand tu parles de la boom), que les accueils qui s’appuient davantage sur les pédagogies de la liberté (comme Courcelles), intègrent largement des outils pour favoriser les décisions et les engagements collectifs.
    C’est pour cela que je regrette cette tendance qui cherche à opposer ces deux angles d’entrée que sont ces 2 pédagogies, qui pourtant placent l’enfant au centre de tout (et pas l’adulte).
    Je pense, et je sais que nous sommes d’accord, qu’il faut que les structures comme les nôtres (mais aussi Courcelles, la Betapi…) s’associent dans les réflexions, se créent en réseaux, se rencontrent pour trouver ce qui les rassemblent (plutôt que ce qui les différencie).
    Pour ma part, je suis convaincu que la complémentarité, l’articulation entre ces deux modèles est la meilleure des propositions pour les enfants.

  4. Tout d’abord merci beaucoup pour cet article pertinent et très riche lorsque l’on s’intéresse à ce sujet “Le projet des enfants” !

    Vous dites “Si on demande aux enfants ce qu’ils veulent faire, ils feront toujours foot ou des parcs d’attractions ?: C’est faux. Et le projet d’enfants, s’il se construit avec une méthode pédagogique adaptée évitera à tous les coups ce problème.”
    Pouvez-vous développer, de quelle méthode pédagogique parlez-vous ici ? C’est vrai que les demandent des enfants sont souvent les mêmes…
    J’ai également une autre question qui peut sembler évidente, comment faire pour que des idées de projets arrivent ?
    Il y a les tables ressources, que je vais essayer bien sur. Souvent les jeunes n’ont pas d’idée, il faut donc proposer, évoquer des sujets pour les lancer dans la réflexion mais cela ne vient toujours d’eux, dommage.

  5. Bonjour Aïta et merci de t’intéresser au sujet des projets d’enfants.
    Il existe une infinité de méthodes pour construire une idée, la façonner, la discuter, l’améliorer, la débattre, l’associer… Ce qu’il ne faut pas est juste de ne rien faire. Que l’on parte d’un jeu où les enfants exposent leurs passions (comme un speed dating amélioré) ou d’une autre forme d’animation de groupe (le carrefour, Philip 6.6, tournante, le facteur…), presque toutes nos expérimentations visant à développer chaque idée ont marché. Souvent, c’est parce que l’étape n’existe pas que les activités sont répétitives.
    Par ailleurs, lorsque nous préparons un programme avec les enfants, nous le travaillons sur une période et naturellement, une activité n’est pas proposée 2 fois sur la même période, donc il ne peut y avoir tant de répétitions que ça. En outre, si une activité est répétée, est elle forcément mauvaise? Ne faisons nous pas souvent la même chose pendant notre temps libre?
    Enfin, si vraiment la répétition pose problème, il suffit d’instaurer la règle : “Pas 2 fois la même activité”.

    Concernant les tables ressources, je l’avais testé il y a bien longtemps dans un centre de loisirs élémentaire. Ca peut marcher si les adultes accompagnent les enfants à chercher, développer l’idée, la confronter etc. Sinon, ca marche pour quelques enfants habitués à la démarche, mais pas pour tous.
    Bonne chance dans vos expérimentations !

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