L’association Evasoleil exprime son soutien aux lycéens et lycéennes mobilisés pour demander des meilleures conditions d’étude.
Depuis le 18 septembre 2026, un mouvement social lycéen a progressivement pris de l’ampleur jusqu’à rassembler entre 250 000 et 450 000 manifestants le mardi 6 octobre.
Porté par les étudiants eux-mêmes, il est largement soutenu par le corps enseignant et les syndicats de l’éducation nationale. Malgré des revendications explicites et on-ne-peut plus légitimes, la réponse du gouvernement est non seulement insuffisante mais méprisante et violente. Nous souhaitons apporter notre modeste soutien à ce mouvement qui fait souffler un vent d’espoir dans le contexte politique actuel.
En tant qu’association d’éducation populaire et de défense des Droits des enfants, nous considérons que l’école publique et gratuite est un bien commun qu’il faut défendre contre les coupes budgétaires qui préparent le terrain à la prédation sur secteur privée, contre la mise en concurrence des élèves, contre l’idée de l’école comme une simple formation professionnelle et contre la reproduction des inégalités sociales par l’école.
Nous pensons que l’école doit être un espace d’émancipation, de construction d’esprits critiques, empathiques et solidaires, où l’on prend soin des enfants du présent et pas juste de la formation des futurs adultes.
Des revendications claires et légitimes
Ainsi, nous partageons et soutenons les revendications des lycéens et lycéennes qui nous semblent particulièrement claires et légitimes :
- Rénovation du bâti scolaire et adaptation au froid l’hiver et aux fortes chaleurs l’été, de plus en plus élevées et fréquentes
- Moins d’élèves par classe et des professeur.es devant toutes les classes (70% des équipes incomplètes dans les lycées et collèges à la rentrée 2026, 10% des heures non remplacées en 2025/2026)
- Des emplois du temps moins chargés leur permettant d’avoir des loisirs, des engagements et une vie en dehors de l’école
- Des psychologues scolaires, des infirmiers, des AESH et des médecins scolaires en nombre suffisant
- La fin de parcoursup et de son système de tri qui a mis près de 20% des bachelier.es sur le carreau en 2026
- La fin des inégalités territoriales et sociales dans l’accès à une école publique de qualité
Pour rappel, la France est signataire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui énonce, entre autre :
Art 28 : Accès à l’éducation : les États parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances.
Art 29 : Objectifs de l’éducation : Les États parties conviennent que l’éducation de l’enfant doit viser à : a – favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ; b – inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations unies.
Art 31 : Repos, jeu, culture et arts : les États parties reconnaissent à l’enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique. 2 l Les États parties respectent et favorisent le droit de l’enfant de participer pleinement à la vie culturelle et artistique, et encouragent l’organisation à son intention de moyens appropriés de loisirs et d’activités récréatives, artistiques et culturelles, dans des conditions d’égalité.
Une réponse gouvernementale insuffisante, une répression violente et un traitement médiatique méprisant
Pourtant et malgré l’état des lieux catastrophique de l’école depuis des années, en 2025 ce gouvernement a fait le choix de supprimer 4000 postes d’enseignants plutôt que d’agir sur la situation. En 2026, il préfère utiliser la baisse démographique pour faire des économies et justifier des suppressions de poste plutôt que d’y voir une occasion d’améliorer les conditions de vie et de travail des élèves. En urgence et suite au mouvement, le gouvernement annonce l’arrivée de 3000 professeurs dont on ignore d’où ils vont venir et sans pour autant retoucher d’une ligne le budget de l’éducation nationale dans le Projet de Loi des Finances 2027.
Par ailleurs, non seulement la réponse politique du gouvernement nous semble insuffisante mais surtout marquée par une répression à la violence inouïe sur des enfants. C’est en effet plus de 6500 interpellations en 2 semaines (autant que dans tout le mouvement des gilets jaunes) dont 85 % sont des enfants. Ces dernières donnent le plus souvent lieu à des gardes à vue allant jusqu’à 48h pendant laquelle de nombreuses violences et agressions ont été dénoncées par les victimes. Sachant que seules un tiers des gardes à vue sont suivies de poursuites au tribunal, les interpellations et les gardes à vue sont clairement utilisées comme un moyen de dissuasion et d’intimidation. Par ailleurs, on compte déjà plus de 200 blessés chez les lycéens et le personnel éducatif mobilisé à leur côté, dont des agressions (tentative de noyade, étranglement) et des mutilations (main arrachée, œil crevée, mâchoire brisée), toujours sur des enfants.
C’est un glissement sociétal très inquiétant que des enfants mobilisés pour demander de meilleures conditions d’étude soient réprimés si violemment et que les médias (y compris dans le service public) s’attardent plus sur les dégradations matérielles que sur leurs revendications et le mal-être exprimé. Dans le monde adulte, les enfants n’ont pas le droit au désaccord, à la parole politique ou d’être pris au sérieux. Ils n’ont leur place que comme victimes silencieuses qu’on plaint ou dont on agite l’image comme un totem pour justifier des politiques sécuritaires et anti-libertaires.
Rappelons que les enfants ont non seulement le droit de s’exprimer, de se réunir en association et de manifester mais qu’ils ont également le droit d’être protégés de la violence ainsi qu’à un traitement judiciaire adapté à leur âge :
Art 13 : Liberté d’expression : L’enfant a le droit d’exprimer ses vues, d’obtenir des informations et de faire connaître des idées et des informations, sans considération de frontières. L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant.
Art 19 : Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.
Art 40 : Enfants ayant désobéi à la loi : Les États parties reconnaissent à tout enfant suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale le droit à un traitement qui soit de nature à favoriser son sens de la dignité et de la valeur personnelle, qui renforce son respect pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales d’autrui, et qui tienne compte de son âge ainsi que de la nécessité de faciliter sa réintégration dans la société et de lui faire assumer un rôle constructif au sein de celle-ci.
Un mouvement qui fait souffler un vent d’espoir
Pour autant, nous y voyons également un message d’espoir car contrairement à l’image médiatique qui lui est réservée, la jeunesse fait la démonstration qu’elle est consciente du monde qui l’entoure, qu’elle est capable d’exprimer une pensée politique, de s’organiser pour la défendre et d’être solidaire entre elle.
Il nous semble que le rôle des adultes et des professionnels de l’enfance est de soutenir cette mobilisation, de relayer leurs revendications et de dénoncer la répression dont elle est la cible.
Conscients qu’un certain nombre de nos adhérents et adhérentes sont certainement impliqués, nous réaffirmons notre soutien à tous les jeunes mobilisés, aux victimes de la répression et à leurs proches mais également à tous les enfants concernés par ces revendications qu’ils soient lycéens ou non, manifestants ou non. Car même s’il semble plus compliqué pour eux de se faire entendre, la politique d’austérité budgétaire des derniers gouvernements en matière d’éducation touche aussi durement les élèves en maternelle, du primaire et les collégiens.
Solidairement,
L’association Evasoleil
Pétition pour demander l’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales dans les manifestations lycéennes : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-7231
Sources :
Sur la Convention Internationale des Droits de l’Enfant :
Notre dernier article sur la CIDE et son application en France
Sur le mouvement et les revendications :
Le monde : Sur Parcoursup, la cohorte des « sans proposition » en nette progression
Sur la réponse politique du gouvernement :
L’humanité : Mouvement lycéen : le mépris et le déni n’éteindront pas la colère
Sur le traitement médiatique du mouvement :
ACRIMED : Au JT de France 2 : poubelles brûlées partout, revendications des lycéens nulle part
Sur la répression et les violences policières :
AMNESTY : Mouvement lycéen : des mineurs face à la répression des forces de l’ordre
Sur les derniers mouvements lycéens en France :
INA : 1990, 1998, 2026 : trois mouvements lycéens avec des revendications similaires