L’éducation populaire au 21ème siècle ?

L’éducation populaire, l’expression inconnue par tant, floue pour d’autres, et subjective pour les derniers. Alors qu’elle portait des objectifs forts et chargés de sens il y a quelques décennies, beaucoup se battent aujourd’hui pour y appartenir sans pour autant la moderniser, y militer, ou même la promouvoir…

Une définition ?

Wikipédia lui même a baissé les bras : Une “définition introuvable”, subjective pour le premier résultat trouvé sur le net. Ça commence bien…

Si vous posez la question aux animateurs et directeurs d’ACM, la plupart feront semblant de ne pas entendre, d’autres tenteront une définition timide du type : “L’éducation de tous par tous”. Difficile d’avancer sur le sujet…
Peu vous parleront de politique car le mot est mal connoté. “Attention, l’animateur ne doit pas faire de politique!!!”, Sacrilège ! Quelques uns citeront pourtant Franck Lepage, qui lui ne s’en gène pas…

Pourtant, nos anciens, moins frileux, n’hésitaient pas à parler d’éducation politique, au service d’un système social où la population serait éduquée à mieux comprendre les différents enjeux et jouir d’une réelle citoyenneté participative.

Education politique?

dessin-animé-de-la-politique-27934802La politique est, toujours d’après Wikipédia, “le fonctionnement d’une communauté, d’une société, d’un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d’autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualités et/ou de multiplicités.”
Qu’est ce qu’une colonie de vacances, un accueil collectif de mineurs à part un collectif, un groupe, une communauté?

Eduquer à la politique n’a rien à voir avec promouvoir un parti politique, ou former à la politique politicienne des partis. C’est intéresser à la vie du groupe, et montrer que les choix du groupe est l’affaire de tous.

L’éducation populaire, dans notre secteur d’activités, viserait donc à éduquer les enfants, les jeunes à expérimenter leur citoyenneté dans des groupes, à tenir compte de l’autre, à construire ensemble, à apprendre des autres, de tous, à s’outiller pour pouvoir agir.
C’est augmenter les capacités de chacun à vivre ensemble, en groupe, à confronter ses idées, écouter, à donner son avis.

C’est pour ça que l’animation a été considérée comme un formidable outil de l’éducation populaire, au même titre que les syndicats par exemple.

Et Pourquoi?

Pour la liberté, la démocratie, la paix.
Des citoyens éclairés sur les enjeux de société, qui comprendraient l’économie, la sociologie, la diplomatie, pourraient agir, prendre leur part, exprimer leurs avis, participer à la vie de leur société avec des sensibilités différentes, variées. La véritable démocratie pourrait alors exister, plus participative, plus collective. La politique n’appartiendrait donc plus à une élite mais au peuple tout entier.

Est-ce si difficile?

dessin_bafa_recadre_0A priori non. Faire des activités scientifiques, créer des conseils de centre, des projets d’enfants, faire gérer une partie du budget par les enfants, animer un journal de centre, inviter des experts dans tous les domaines dans les structures éducatives ne coûte pas cher et ne demande pas de grandes compétences en méthodologie de projet.
Le BAFA doit former les animateurs, d’après les textes qui le régissent, à “accompagner les enfants à la réalisation de leurs projets”.

Alors que les équipes d’animation sont de plus en plus nombreuses à faire leurs programmes le plus en avance possible autour de thèmes sortis du chapeau, l’actualité nous alerte et nous invite à travailler davantage sur le vivre ensemble et les valeurs de la république (Cf nouvelle réforme du BAFA).

L’éducation populaire aujourd’hui

ACcUr3Vmf_yXVf162jjy5cf66IgMême si les “mouvements d’éducation populaire” ne font plus guère d’éducation populaire, trop occupés à répondre à des marchés publics, et former toujours plus de BAFA pour survivre, l’émergence de petits collectifs nous rend optimistes.
Si la véritable éducation populaire n’est plus portée par les éléphants UFCV, Francas et autres Léo Lagrange par exemples, incapables d’innover et de vivre dans leur temps, la bidouillerie, la Beta-pi, et beaucoup d’autres collectifs (et animateurs isolés) agissent concrètement pour éduquer autrement, et proposer des alternatives intelligentes aux vendeurs de vacances du type Telligo.

L’agrément Jeunesse et Education populaire, tout comme l’habilitation BAFA sont distribués par les juges et parties (les éléphants eux-mêmes!), défendant leurs “labels” pour justifier leur existence que tout le monde sait plus administrative que pédagogique.
Ces “labels” vieillissent au point que personne ne sait plus de quoi on parle.

Est ce qu’un bibliobus de quartier ne fait pas d’éducation populaire? Est ce qu’aujourd’hui, les animateurs volontaires connaissent vraiment les enjeux de leur volontariat?

Certaines associations, comme Evasoleil, obtiennent ces “labels” ou les perdent. Un peu comme des images données par les maîtres parce que le dossier de demande a bien été écrit.
Heureusement, il existe beaucoup d’associations qui militent pour de vrai, avec peu de moyens et souvent beaucoup de volontariat, pour une éducation populaire moderne, innovante et permettant véritablement de créer des espaces, des moments éducatifs et participatifs pour la jeunesse. Sachez lire leurs projets associatifs, leurs actions, leur militantisme pour l’enfance et la jeunesse.

Pour conclure, il existe bien des mouvements d’éducation populaire aujourd’hui, et d’autres qui se créeront encore demain, dans l’action, l’analyse, l’innovation même s’ils ne brandissent pas leurs agréments, ne répondent pas aux marchés publics et ne forment pas par milliers les animateurs. Ils sont un peu plus discrets, moins communicants, mais méritent qu’on s’y intéresse.

En savoir plus sur le projet Evasoleil en direction des enfants et des jeunes

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Publié le 2 février 2016 Par Sylvain Stienon
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8 réflexions au sujet de « L’éducation populaire au 21ème siècle ? »

  1. Je suis d’accord avec ce qui est énoncé dans cet article. En revanche je mets toujours en garde au sujet de l’engagement politique de monsieur Lepage. Je suis fan de ses conférences gesticulées, ce type est génial. Cependant il a un discours totalement orienté marxiste et il faut bien garder cela en tête. Il n’est pas neutre dans son positionnement politique au sens politicien du terme. Attention donc à ne pas virer dans de la propagande marxiste sur notre lieu de travail. En revanche mettre de l’éveil politique, au sens premier du terme, dans notre approche de la dimension éducative de l’animation, me parait être très utile pour la construction de la société de demain.

  2. Tout à fait Alexi.
    Il faut bien distinguer la politique de partis de la politique en sens premier, c’est à dire les orientations, projets et choix d’un groupe.
    J’ai choisi d’intégrer la vidéo de Franck Lepage car c’est un témoignage de qualité et une définition à la fois moderne et originelle de l’éducation populaire.
    La forme même de la conférence gesticulée est une forme d’éducation populaire. Et lorsque la forme et le fond sont cohérents, c’est tellement plaisant!

    Bien à toi.

  3. Bel article Sylvain mais je me pose toujours la question de l intégration d un temps d educ pop au sein du base BAFA… Je suis un convaincu et un militant de l educ pop mais je sens bien que les jeunes ne sont pas réceptif et qu on ne forme hélas pas des professionnels de l animation mais des jeunes qui auront quelques expériences sur le terrain. Ils vivront de l educ pop en fonction de leur directeur ou pas… si tu as des outils efficaces ça m intéresse

  4. Merci Olivier.
    Oui, nous avons monté des séances de formation permettant aux futurs ou jeunes animateurs de comprendre les enjeux de leur volontariat. Car l’implication de la jeunesse (17 ans, c’est jeune!) dans l’éducation globale des enfants d’une société, c’est de fait un engagement et une forme active de citoyenneté. Je pense comme toi qu’il faut aider cette jeunesse volontaire à comprendre tout ça et les encourager à s’y intéresser davantage.
    Nous partagerons très prochainement nos outils de formation, et notre expérience à ce sujet.

    Bien à toi.

  5. L’Éducation Populaire à tendance à devenir un mot clé, un mot de passe à glisser dans un dossier de demande de subvention par exemple. D’ailleurs, il faut avoir l’agrément pour espérer recevoir une subvention de l’état, c’est à dire avoir l’accord de la commission qui étudie les demandes des associations. Qui constitue ces commissions? Les Francas, les Cemea, la ligue de l’enseignement… Si l’on comprend que les enveloppes de subventions est un gâteau à partager, on comprend le conflit d’intérêt du système. C’est le même principe de juge et partie pour la gestion des habilitations BAFA, BAFD, distribuées et/ou reprises par… Les grands organismes de formation.

    Sa “confiscation” par les grands mouvements qui se réclament du label ministériel “jeunesse et éducation populaire” est regrettable pour la société et sa jeunesse, et ridicule pour la crédibilité du système (système orchestré par l’état).

    Heureusement que de petites associations militent réellement pour que cette “éduc pop” signifie encore quelque chose pour certains.

    Si des petits “anonymes” tentent de survivre face aux grands groupes, et même si c’est difficile, ils existent et agissent… Et c’est la preuve que l’on peut faire autrement, que le modèle institutionnalisé n’est pas le seul possible. Souvent originales et socialement riches, les innovations des jeunes associations dynamiques sont pas ou peu félicitées ni reprises par les grands mouvements poussiéreux d’éducation populaire.

    On n’est pas mouvement d’éducation populaire, on fait ou on ne fait pas de l’éducation populaire. L’agrément ne signifie rien. C’est l’action qui compte. Elle peut se retrouver dans des lieux très divers et au contraire, être absente des sujets de discussions des tables où on l’attendrait : Les Francas, l’Ifac…

    L’éducation populaire (et là, je m’adresse aux “usines” à colos ou à BAFA), consiste à prendre conscience et à construire sa place dans la société, à apprendre à se constituer collectivement, à expérimenter sa capacité à agir, à affirmer sa dignité, à s’auto-éduquer, à être capable d’imaginer et d’agir pour transformer son quartier, sa ville, sa société, avec les autres. Quels moyens concrets mettez-vous en place pour cela? Evaluez-vous vos actions éducatives?

    Merci Sylvain pour ton article très éclairant.

  6. L’éducation populaire, c’est un enjeu. Que les enfants apprennent tôt que leur parole est respectable et valorisée, c’est le boulot de tous. Evasoleil met en place leur participation pour ce qui les concerne, c’est un vrai chemin de citoyenneté pour ces futurs adultes.

  7. Merci Lara.
    Nous croyons en l’expérimentation de la citoyenneté par la participation.
    Ecouter, entendre, découvrir les autres, faire des compromis, tenir compte des différences, se créer un avis, choisir, ne pas être d’accord, est un apprentissage. La colo est un merveilleux terrain pour ça. On en devient pas citoyen à 18 ans. On l’apprend toute son enfance.

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