Les activités spontanées : Une autre méthodologie d’animation


Voici un article d’Alexi Uyttersprot, BAFA, BAFD, BP JEPS LTP qui débute l’animation il y a 10 ans en ALSH. Il est depuis 2012 directeur d’un SAEJ, formateur BAFA et BAFD, et défend une pédagogie nouvelle au quotidien.

Nous sommes toujours heureux lorsqu’un directeur en fonction démontre qu’il est possible de faire autrement, en tenant compte davantage des envies des enfants.
Si le projet n’est pas le notre, il a bien sa place ici, sur notre site, car porté par la même envie d’innover, de trouver des formes concrètes servant une éducation populaire moderne et réfléchie, respectueuse du public.

La liberté et l’autonomie avant tout le reste !

L’activité spontanée est un des piliers des pédagogies dites « nouvelles ». En réalité, elle a toujours existé, mais s’est affirmée au siècle dernier comme un outil de travail par des pédagogues tels que Maria Montessori ou Célestin Freinet.

L’activité spontanée est la mise en action d’un ou plusieurs individus de manière autonome et sans injonction extérieure. Elle s’oppose à l’activité dite « dirigée ».

Je vous invite à lire des ouvrages sur les méthodes d’éducation actives pour vous approprier les aspects théoriques de ce type de pratique et je choisi de me concentrer ici sur des cas concrets et une méthodologie pratique applicable en ACM.

Postulat de départ : Pourquoi avoir recourt à l’activité spontanée comme outil d’animation ?

Premièrement, il faut comprendre que tous les enfants ont des activités spontanées. Ils n’ont pas besoin d’adultes pour jouer seuls ou entre eux. Lorsque vous laissez les enfants en « temps libre », ils s’adonnent spontanément à des activités qui leur plaisent sur le moment.

Dès lors, l’usage de l’activité spontanée comme outil pédagogique est un choix qui repose sur la conviction que ces moments d’activités libres peuvent être aussi riches en apprentissages que les activités « organisées » et contraintes dans le temps (ce matin, c’est activité cirque, et cet après-midi, c’est réalisation d’une fresque murale).

On choisit alors d’étendre ces « temps libres » à l’ensemble de la journée, les enfants choisiront à tout instant à quelle activité ils veulent s’adonner. Et quand bien même ils voudraient faire la même chose tous les jours, ce serait leur choix, leurs vacances, leur programme.

Cette approche pédagogique peut bien entendu être couplée avec d’autres, plus « traditionnelles », pour ceux qui ne souhaitent pas tomber dans un extrême ou l’autre.
On peut ainsi tout à fait imaginer un ACM qui fonctionnerait par moment avec des activités spontanées et d’autres moments avec des activités plus dirigées. L’idée c’est que l’activité spontanée ne soit pas reléguée au simple rang de « défouloir » et de « temps de pause pour animateurs », comme c’est le cas pour la récréation en milieu scolaire, ou comme on le retrouve dans beaucoup d’ACM qui ne considèrent pas le temps libre comme un temps d’activité et se permettent même de faire une nette distinction entre les deux à coups d’injonctions du type : « les cartes Pokémon c’est uniquement en temps libre, pas en temps d’activité ».

L’aménagement de l’espace comme moteur d’émancipation et de découverte

Le risque de la mise en place de ce fonctionnement, c’est l’appauvrissement des activités. En effet, sans une bonne préparation, il y a des risques de voir les enfants reproduire les mêmes schémas que dans une cours de récréation scolaire. Rien de dramatique à priori, mais il serait dommage de ne pas profiter des temps de vacances pour explorer d’autres options. Il existe de véritables enjeux d’apprentissages autour des jeux et des activités spontanées et c’est le rôle d’une équipe d’animation d’amener les enfants vers ces opportunités d’apprentissage.

J’insiste sur le terme d’opportunité car c’est bien cela qui est au cœur de la méthode pédagogique que je propose ici. L’équipe d’animation n’est plus là pour proposer des activités, mais pour offrir des opportunités. Les enfants seront ensuite libres de saisir ou non les opportunités qui leur sont offertes.

Ainsi, on ne prépare plus un planning d’animations, on se concentre plutôt sur l’aménagement d’un environnement qui permettra aux enfants de se faire eux même leurs animations. On voit souvent ce type de fonctionnement sur des temps réduits, les fameux « petits coins de jeux libres ». Les enfants peuvent faire des dessins, jouer avec des petites voitures, avec un ballon, lire un livre, faire des constructions en lego ou en kapla etc … La méthode pédagogique que je décris ici reprend exactement le même fonctionnement à la différence que l’on en fait un véritable temps d’activité. Chaque enfant va faire ce qu’il a envie de faire au moment où il a envie de le faire.

Il va donc falloir, pour que ce fonctionnement ait un réel intérêt pédagogique, aménager des zones d’activité attractives et variées. L’espace et le matériel disponibles sont donc déterminants mais il faut prendre conscience qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des moyens mirobolants pour avoir déjà quelque chose de fonctionnel.

Exemple :

« Nous avons dans notre accueil de loisirs deux zones séparées. L’une pour les enfants de 3 à 6 ans, l’autre pour les enfants de 7 à 10 ans. Dans chaque zone, plusieurs espaces de jeux ont été aménagés, ils sont adaptés à l’âge des enfants.

Chez les maternels, le coin lecture a été aménagé avec des tapis, des coussins, des peluches, des murs en carton et des draps qui donnent un aspect « cabane ». Des livres pour les petits sont en libre accès dans cet espace.
Parfois, une animatrice vient s’asseoir dans cet espace et commence à lire une histoire. Plusieurs enfants viennent alors spontanément s’asseoir à ses côtés pour écouter l’histoire.
Non loin de là, une zone avec plusieurs tables et chaises permet aux enfants de s’adonner à tout un tas d’activités créatives et artistiques.
Une étagère à leur hauteur leur permet de prendre des feutres, des ciseaux, des dessins prêts à colorier, des feuilles de papier de couleurs variées, de la colle et plein d’autres outils encore.
Les animateurs peuvent parfois se poser dans cet espace et entreprendre une réalisation. Les enfants, curieux, viennent observer et souvent tenter de faire pareil. D’autres laissent librement cours à leur imagination.
Un peu plus loin, un tapis de jeux présente le dessin d’une ville, avec des routes. Des petites voitures sont à disposition des enfants pour jouer librement.
Un animateur est venu voir les enfants qui jouent régulièrement avec pour leur proposer la construction d’un garage à voiture en bois. Ils ont pris beaucoup de plaisir à le faire, et ont désormais envie de construire plein d’autres bâtiments pour faire une véritable ville miniature et le plus beau circuit de course possible.
L’espace extérieur n’est pas en reste avec des ballons, cerceaux, balles de jonglage, et beaucoup d’autres jouets laissés à la disposition des enfants. Ils ont utilisé des craies pour dessiner une marelle sur le sol, d’autres ont fait des mini buts de football avec des cartons.
On peut apercevoir au fond de la cour une cabane en bois et en tissu construite par les enfants.

Chez les plus grands, même fonctionnement. Plusieurs pôles d’activité sont en accès libre toute la journée.
L’atelier de bricolage a un grand succès. Les enfants ont rapporté du bois de leur dernière balade en forêt et ont ensuite utilisé les outils pour concevoir des maquettes de bateau.
On a mis une piscine gonflable dans la cour pour tester leurs bateaux. Le coin lecture est également très fourni.
Des parents ont rapporté des BD qui plaisent beaucoup aux enfants. Un animateur leur a d’ailleurs proposé de créer une BD, projet qui a suscité l’intérêt de plusieurs enfants.
Un atelier photo est mis en place à côté du coin lecture. Les enfants ont construit une sorte de photomaton et la malle de déguisement et maquillage leur donne un large panel de possibilités de photos loufoques. Ce fut l’occasion pour un animateur de les initier au montage photo, avec un petit ordinateur portable mis à disposition par le directeur.
Dans une salle à coté, une animatrice à aménagé une ludothèque. Des dizaines d’enfants vont régulièrement tester des jeux, apprennent les règles aux nouveaux venus, on assiste même à la mise en place de concours. […] »

On comprend par ce récit que tout repose sur la liberté de choix des enfants. A tout moment de la journée, ils peuvent décider de changer d’activité et ne sont pas obligés de suivre un programme planifié par les animateurs et qui serait identique pour chaque groupe d’enfants. Ils gagnent ainsi en autonomie et subissent moins de contraintes.
Les zones d’activités doivent être aménagées de façon à donner envie. Un espace pauvre en décorations, mal agencé, difficilement identifiable sera peu investi par les enfants et risque d’être laissé à l’abandon. Au contraire, un espace accueillant et intriguant, offrant beaucoup de possibilités, pourra attirer la curiosité des enfants qui viendront y découvrir de nouvelles façons de jouer.

L’accompagnement pédagogique : Quelle place pour l’animateur ?

Il n’est pas toujours simple pour les animateurs de trouver leur place dans une structure qui laisse les enfants en autonomie toute la journée. Le risque de se sentir « inutile » est grand. La posture de l’animateur n’est plus ici de proposer et de mener des séances d’animation, mais plutôt de tisser une relation pédagogique avec le public.

Dans la pédagogique traditionnelle, l’animateur est maître de son animation. Il prépare sa séance comme un enseignant prépare son cours.
Ici, la préparation s’oriente entièrement sur l’aménagement de l’espace et non pas sur la façon dont vont se dérouler les temps d’activité.
La journée entière devient un temps d’animation et les activités entreprises par les enfants font partie de la vie quotidienne. L’animateur doit donc accompagner ces temps de vie. Il doit apprendre à connaitre les enfants, en observant et en dialoguant avec eux. Il est un support. Il doit réussir à se faire une image rassurante auprès de son public. Les enfants pourront alors venir le solliciter pour une aide, un conseil, une écoute attentive ou tout simple pour jouer avec eux.

Dégagés de leurs obligations de « séances d’activité », les animateurs sont d’avantage disponibles, à n’importe quel moment de la journée. Ils répondent aux sollicitations des enfants ou bien, lorsqu’ils ne sont pas sollicités, vont au-devant d’eux pour jouer, discuter, conseiller, proposer, suggérer. Ils sont également garant de la sécurité affective et physique de chacun. Cela passe par la gestion de conflits, les soins, ils fixent également des limites pour éviter les comportements dangereux.

L’animateur doit chercher à enrichir les activités choisies par les enfants. Par sa démarche, il va permettre à son public de s’approprier de nouvelles connaissances et compétences. On rejoint donc ici la démarche traditionnelle, sauf que l’on part d’une envie spontanée de l’enfant et non plus d’une transmission choisie à la base par l’animateur.

Les projets d’enfants prennent tout leur sens dans ce type de fonctionnement et lorsqu’une idée de projet émane, l’animateur doit accompagner les enfants concernés pour faire aboutir ce projet, dans la mesure du possible.

Quelles sont les limites et les contraintes de cette démarche ?

Une des craintes récurrentes au sujet de ce fonctionnement provient du manque d’autonomie des animateurs, justement. Beaucoup de directeurs d’ACM pensent, souvent à raison, que leurs animateurs vont « profiter » de ce fonctionnement pour « ne rien faire, passer la journée à glander ».

En effet, passé l’étape de l’aménagement de l’espace, il devient très facile pour un animateur de se placer dans une posture de totale passivité. Il convient donc d’accompagner les animateurs, de les former, de leur apprendre comment s’approprier la méthodologie inhérente à ce type de fonctionnement. Il faut de plus, dès le recrutement, s’assurer qu’ils adhèrent à ce type de démarche.

La deuxième problématique rencontrée émane des parents. Habitués à un fonctionnement traditionnel, ceux-ci réclament un programme d’activités riche et attractif. A l’école il y a un programme scolaire. En vacances, il leur faut un programme d’activités, et il faut de plus que ces activités soient différentes de ce que leur enfant peut avoir à la maison. Un enfant qui passerait sa journée à faire des dessins, même si c’est parce qu’il adore ça, c’est intolérable pour beaucoup de parents. « Si je paye ce n’est pas pour qu’il passe la journée à ne rien faire ». 

Il convient donc de sensibiliser les parents à cette démarche et de leur faire comprendre que tout est fait dans l’intérêt de l’enfant. Leurs réticences seront vite balayées par les résultats produits si tout est fait correctement.

Pour aller plus loin…

Sylvain Stienon a proposé à Alexi Uyttersprot un interview skype pour aller plus loin… 


 

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Publié le 17 janvier 2017 Par Alexi Uyttersprot
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8 réflexions au sujet de « Les activités spontanées : Une autre méthodologie d’animation »

  1. Salut,
    Sympa l’idée de l’interview 😉
    Alexi, tu parles à la fin de la video d’une problématique interressante.
    “comme je suis libre, je peux faire de mon côté pour ne pas devoir faire de compromis avec les autres”

    Comment favoriser la cohésion et valoriser le faire ensemble avec une “journée non dirigée” ?

  2. En ce qui concerne la cohésion et le faire ensemble, il y a plusieurs façons de les valoriser :

    – Lorsque l’animateur accompagne les activités de certains enfants, il peut mettre en évidence le fait que la coopération avec d’autres peut leur apporter beaucoup. Certains veulent jouer au foot et d’autres veulent faire du dessin ? On peut proposer à ces derniers de dessiner sur des t-shirt pour faire les maillots d’équipe pour les joueurs de foot.

    – On peut s’appuyer sur les enfants ayant des compétences avancées pour qu’ils apprennent aux autres.

    Mais il faut garder a l’esprit que le groupe n’est pas au centre des objectifs de cette méthode. On privilégie ici l’épanouissement individuel. C’est un choix, une posture presque philosophique. C’est pour cela que j’incite à la mettre en oeuvre en parallèle d’autres méthodes qui développeront mieux la cohésion, l’entraide, le compromis.

  3. Bonjour,

    Très bon article, je l’ai partagé à des collègues et merci d’avoir répondu à ma question dans la vidéo 🙂 J’utilise moi aussi cette méthode dans mon centre de loisirs avec des 3-5 ans même si je n’arrive pas à convaincre totalement mon directeur. Les parents et enfants sont cependant très réceptifs : après deux mois de cette méthode les retours sont très positifs dans les bilans de journée avec les enfants (globalement plus positif qu’avant) et il y a moins d’écart de satisfaction entre les enfants que quand on utilisait une méthode plus dirigiste où tout le monde ne trouvait pas son compte. Pour les parents ce sont plus les résultats sur la satisfaction des enfants que la porté pédagogique de la méthode qu’ils apprécient. On sent également une différence dans l’attitude des enfants que tu décris dans la vidéo : plus de confiance en soi et envers l’animateur, plus mature, plus créatif… Ce qui est impressionnant c’est que même à court terme mes collègues et moi, nous distinguons ces changements. Même s’ils ne sont pas énormes, ils sont perceptibles.

  4. L’inconvénient d’avoir un directeur qui n’est pas totalement en accord avec cette façon de faire c’est qu’en cas de plainte d’un parent il ne pourra pas vraiment défendre l’animateur qui a mis cela en place.

    Dans ton cas Raphael il semblerait que les parents sont plutôt content donc le directeur ne se trouve pas en position délicate, c’est chouette, ça facilite grandement les choses.

    Et je te rejoins sur le fait que c’est une méthode très adaptée pour les moins de 6 ans. Pour les plus grands, je suis convaincu que c’est très bon aussi, mais cela se discute d’avantage.

  5. Plus Montessori que Freinet, n’hésitez pas à me corriger si je me trompe.
    Montessori: J’aménage votre espace et vous met des outils à disposition. Laissez parler votre créativité, je vous aide
    obj: dvlp l’imaginaire
    Anim: soutien

    Freinet: Idem Montessori + objectifs communs. = plus cadré
    ex: construire un vaisseau, créer un village médiéval, etc.
    obj: dvlp la coopération, le vivre ensemble
    Anim: fédère

    Piaget: Freinet + difficultés inattendues et souvent inconnues. Comment y remédier?
    ex: intrigue/ élément perturbateur.
    obj: dvlp le dépassement de soi, prise de conscience de soi, des autres et de son environnement
    Anim: coach

  6. J’ai tendance à mélanger un peu les références pédagogiques. Je ne sais plus vraiment qui à prôné telle ou telle méthode, donc j’aurais du mal à te corriger là dessus si erreur il y a.

    En revanche, ce qui est clair, c’est que l’approche pédagogique que je défends ici s’adapte en fonction des envies et des besoins de chaque enfant. L’aménagement de l’espace est effectivement l’étape de base obligatoire, mais on peut tout a fait monter des projets au sein de ce fonctionnement, à partir du moment où ces projets émanent des enfants eux même. Lorsqu’il s’agit du projet d’un enfant ou d’un groupe d’enfants, c’est eux même qui en fixent le cadre. L’animateur peut éventuellement recadrer certaines choses pour des raisons de sécurité, de légalité, voire de budget même, mais c’est bien le ou les enfants à l’origine du projet qui vont en définir les objectifs et le mode opératoire. L’animateur peut aussi prendre le rôle de conseillé, qui fera parler son expérience pour aider les enfants à trouver des solutions faces aux difficultés qu’ils vont rencontrer.

  7. Mais passer du planning d animations à la minute prêt, à de l adaptation totale aux projets des enfants, ça comporte effectivement les limites présentées dans l article, sans que je sois vraiment convaincu par les réponses proposées… Comme souvent je favoriserai la voie du milieu, avec des moments/des espaces proposés, certains imposés (avec ingéniosité), d autres conçus/imaginés ensemble… Dans une progression et un déséquilibre mesurés en fonction de l état des participants et de l équipe.

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