Quand Evasoleil rencontre Courcelles

Dans le cadre du projet DREAM (étude européenne sur la démocratie affective), Laure et Sylvain sont invités à découvrir la pédagogie de la maison de Courcelles, lors d’une colo du mois d’avril 2018. Voici notre expérience racontée :

Notre arrivée et les premiers contacts

Nous arrivons le dimanche soir pour y rester 24 heures. Laura, la directrice du séjour, nous accueille avec nos enfants et nous installe dans une chambre. Le temps de nous installer avec nos enfants, nous rejoignons l’équipe qui arrive au compte-goutte pour la réunion.
Tous les enfants ne sont pas encore couchés, mais les plus jeunes dorment déjà, leurs animateurs se regroupent dans un espace autour du “5ème repas”.

 

C’est le premier jour de la Colo. Des discussions informelles et les premières présentations s’engagent. Il y a deux nouveaux animateurs qui ne connaissent pas la maison, Florian et Manon qui, elle, vient de vivre aujourd’hui son premier jour de stage pratique, son premier jour de colo. 

Les deux autres animatrices, Emeline et Julia, n’en sont pas à leur première expérience ici. Elles se connaissent bien, tout comme la directrice du séjour, Laura.
L’ambiance est détendue, Oriana nous rejoint, elle fait aussi sa troisième colo ici, puis la directrice adjointe, Lucie, nous retrouve à son tour. Elle vient de coucher les plus grands.

Avant que la réunion ne commence, nous présentons de nouveau le projet Evasoleil aux retardataires. Elles sont également très à l’écoute et portent attention à l’aspect “alternatif” d’Evasoleil. C’est d’ailleurs cette notion qui est défendue dans leurs discours. On entend « je ne pourrai jamais plus travailler dans une autre colo », ou encore « moi je n’ai même jamais essayé, ça ne m’intéresse pas ».

La réunion du soir

Cette première réunion s’engage par un tour de table de présentation proposé par Lucie, l’adjointe, car tous les animateurs ne se connaissent pas. Certains sont arrivés la veille pour l’aménagement, d’autres sont arrivés le jour même avec le convoyage d’enfants arrivant de Paris.

L’entrée de la maison

Il n’y a pas eu de réunion de préparation des équipes pour ce séjour mais le choix de positionner des anims qui ne connaissent pas le séjour à l’aménagement du centre a permis à la directrice de leur faire comprendre le fonctionnement (notamment grâce à la fameuse “visite” très importante pour l’équipe, la même qui est faite aux enfants, aux familles, que nous vivrons aussi le lendemain).

Ensuite, Laura évoque les aspects administratifs, les mises au point sur la sécurité (notamment incendie), et sur le classeur de direction.

La directrice entame une nouvelle phase de la réunion : Un point sur chaque enfant, en comparant sa fiche remplie par les parents (parfois les enfants eux-mêmes) concernant l’autonomie et les habitudes de l’enfant, avec les regards croisés des animateurs qui ont vu l’enfant dans la journée et l’animateur de chambre.

Un par un, chaque enfant fait l’objet d’une discussion : premiers pas dans la colo, ses repères, difficultés éventuelles, ses relations avec les autres, ses idées de projets… Laura interroge systématiquement l’animateur de chambre (sans pense-bête : elle sait qui est l’animateur de chambre de chaque enfant). C’est elle qui a réparti les chambres en tenant compte de l’expérience de son équipe. Le groupe est composé de 24 enfants de 5 à 13 ans, avec beaucoup d’anciens de Courcelles, de fratries et de petits groupes de copains (soit qui se retrouvent ici, soit qui se connaissent en dehors de la colo).

l’espace cirque

Aidée d’un outil “feuille du coordo”, l’animateur qui occupera la mission de coordination du lendemain fait un récapitulatif des différents projets qui peuvent être mis en place dès le lendemain, et l’équipe met en attente d’autres projets qui nécessiteraient de mûrir (soirée cinéma hamburger dans la chambre, bivouac, spectacle…).
L’équipe décide à ce moment de réunir les pré-ados le lendemain à 11h pour approfondir la partie des projets.

Laura interroge les animateurs sur les espaces qu’ils apprécient : cirque, salle de jeux, bibliothèque, brico, détente. Un espace central qui sert également de salle à manger et de QG de la coordo, ainsi que les chambres sont toujours accessibles à tous librement.
Julia profite de ce moment pour soulever un problème à l’espace cirque qui n’est pas au même endroit qu’habituellement. Laura explique que l’autre espace de la maison sera occupé par les classes de découverte qui arrivent le lendemain. La coordo a aussi relevé les besoins de chaque enfant donnés principalement par les animateurs de chambres : l’un a besoin d’une veilleuse, l’autre d’une lampe de poche, il faut aussi plus de pâte fimo dans la salle brico…

Nous comprenons peu à peu le rôle du coordo. Cette mission est confiée le lendemain à l’adjointe mais chaque animateur pourra l’assurer s’il le souhaite et se sent prêt. Le coordo, c’est le chef d’orchestre de la journée, c’est lui qui organise les adultes par rapport aux projets des enfants, à la fréquentation des espaces, aux besoins de chacun. Il sera repéré facilement par les enfants.

Cette partie de la réunion permet aussi de programmer les “événements” : il s’agit d’activités ponctuelles créées par un ou plusieurs animateurs. Il y aura un événement proposé par deux animatrices au petit déjeuner du lendemain. Il sera préparé après la réunion.
Un autre animateur assurera la “sécu de nuit” : si un enfant en a besoin, un animateur “de garde” dort dans une chambre spécifique. Les enfants pourront repérer cette chambre grâce à un panneau.

une équipe à Courcelles

En été, le jour aussi, il y a un animateur “sécu”. Laura nous explique que cette mission, confiée à un anim, permet au coordo d’être informé de ce qu’il se passe dans la maison : occupation des espaces, répartition des animateurs, besoins en matériel etc. Le sécu se déplace dans toute la maison et revient toujours au coordo qui lui, organise l’équipe.

Nous entrons dans la dernière phase de la réunion consacrée à la régulation de l’équipe. Lors de cette première réunion, ce temps est assez rapide. Peut-être que cela s’explique par le fait qu’il s’agisse du premier jour.

Laura nous libère, nous sommes bien fatigués. Elle nous explique que le lendemain, elle nous fera la visite à nous et nos enfants qui pourront ainsi se mélanger aux autres dans les différents espaces.

Avant de partir nous coucher avec les questions auxquelles nous trouverons certainement les réponses le lendemain, nous remercions Laura pour l’accueil qui nous a été réservé. 

La journée de colo

Les animateurs se sont organisés pour accueillir les enfants au petit déjeuner qui se déroule de façon individualisé. Lorsque l’on arrive dans le centre, les enfants sont répartis dans les différents espaces, ainsi que les animateurs. L’ambiance est calme et agréable. La coordo est à son poste, souvent entourée d’enfants qui passent donner une information ou échanger avec elle, tout simplement.

Laura nous fait visiter. Nos enfants savent déjà où ils vont se rendre à l’issue de la visite. Dans chaque espace, la directrice nous explique ce à quoi l’endroit est dédié, ce que l’on a le droit de faire, et les éventuelles règles de chaque espace. Très peu de contraintes si ce n’est que les règles concernant le rangement ou le fait de retirer les chaussures dans l’espace cirque… La liste de ce qui est possible est bien longue en revanche ! Beaucoup de jeux dans l’espace libre : une dînette, des déguisements, des jeux de construction, Playmobil etc. L’espace cirque est également très bien équipé, tout comme l’espace Brico avec des machines à découper, à poncer, une machine à coudre, des outils et toutes sortes de matériel d’activités manuelles…

envie de se déguiser ?

Il y a aussi des enfants dehors, ballons et raquettes sont sortis et à disposition. D’autres enfants sortent des jeux de société dans l’espace central / restaurant. Il y a aussi un espace trappeur qui n’est pas ouvert aujourd’hui.

Nous rencontrons trois copains dans l’espace Brico. Ils se connaissent depuis la maternelle, deux d’entre eux connaissent la maison. Ils sont en train de construire un bateau en bois. Un des trois est “leader” : il a le plan dans la tête et organise le petit groupe de bricoleurs. Ils ont commencé hier et prévoient de le finir en fin de semaine. Des petits casiers permettent aux enfants de ranger leur matériel en s’appropriant un espace de rangement qu’ils peuvent personnaliser en créant une affiche portant leurs prénoms. Nous en profitons pour demander aux deux “récidivistes” de la maison leurs meilleurs souvenirs de vacances à Courcelles. Après un petit regard croisé, ils répondent tous les deux : “le bivouac !”

Comme prévu la veille, deux animatrices réunissent les pré-ados (une petite quinzaine). Elles leur demandent de faire un point sur toutes les idées de projets proposés soit avant leur arrivée (par le biais de la fiche), soit depuis leur arrivée. Les projets sont discutés avec le groupe, certains vont être enrichis, mis en relation, d’autres non. Ils sont également programmés dans le temps :

les vélos à disposition des enfants

Une sortie vélo l’après-midi et un bivouac le soir même sont discutés.
Dès la fin de la réunion, une partie du groupe se rend naturellement auprès de la coordo où se trouve également la directrice. Ils sont accompagnés des deux animatrices qui étaient présentes à la réunion de jeunes. Ils programment alors leurs projets : les vélos sont sortis immédiatement pour être prêts pour la sortie (enfants et adultes s’y attellent). Pour le bivouac, les animateurs craignent les nuits fraîches (nous sommes en avril). Les jeunes et les adultes cherchent une solution. Les animateurs vont se renseigner pour savoir si l’on peut dormir dans la roulotte qui appartient à la maison de Courcelles. Un adulte propose également de camper dans la maison. Mais cette dernière idée semble moins séduire les jeunes bien impliqués dans la préparation. Les anims leur laissent la place, ils donnent des idées mais laissent réellement les jeunes faire leurs choix.

un moment de détente

Lorsque le personnel de cuisine apporte le repas, les enfants mettent naturellement la table, vont chercher leurs plats. Ils peuvent manger quand ils veulent, les adultes laissent les enfants jouer, personne n’annonce le repas, il est organisé pour favoriser l’échelonnement. Pourtant, en quelques minutes, ils seront tous à table. Le débarrassage et nettoyage se font aussi naturellement, les adultes accompagnent les enfants, les espaces sont bien aménagés pour favoriser l’autonomie.

Les enfants se répartissent ensuite dans les espaces de jeux. Les ados partent en sortie vélo comme prévu. Les enfants plus jeunes qui restent font des activités plutôt calmes : peinture, fimo dans l’espace brico, un loup-garou s’improvise (sans animateur), des jeux de société sont sortis, des enfants discutent dans l’espace détente sur une couverture, Kapla et construction s’empilent dans la salle de jeux…

Puis, peu à peu, la maison reprend du dynamisme : les ados rentrent de leur sortie vélo, et certains enfants se mettent à courir et faire des jeux plus animés. Nous avons perdu Tom, un de nos garçons ; une animatrice nous dit qu’il est à l’espace cirque qui a ouvert dans la chapelle (le lieu “habituel” pour le cirque). Un groupe de plus petits (dont notre tête blonde) se relaie pour sauter et courir sur les matelas, des jeunes filles font de la gym au milieu de l’espace, deux autres papotent dans un coin confortable. Les deux animatrices, bien réparties dans la salle, répondent aux demandes individuelles d’enfants qui veulent progresser sur une activité ou simplement montrer de quoi ils sont capables… Emma, notre aînée (pour qui la colo n’est habituellement pas un plaisir), en profite pour s’offrir un loisir et quelques conseils individualisés. Les deux animatrices assurent aussi la sécurité des autres enfants qui évoluent librement dans l’espace.

Le goûter fait maison permet à tout ce petit monde de reprendre des forces pour profiter de la colo jusqu’au prochain repas qui clôturera notre journée à la maison, quand nous aurons enfin trouvé Loan, notre dernier, qui semble chez lui maintenant ici et qui aurait bien passé plus de temps dans la maison !

Les discussions avec les adultes de la maison

Lors de cette journée, nous avons aussi pris le temps d’échanger avec Laura, la directrice du séjour, Louis et Maël, à la direction de la maison, et deux membres du conseil d’administration venus soutenir l’équipe pour la visite de la commission de sécurité (qui est programmée le surlendemain).

Ils nous donnent des réponses à de nombreuses questions que nous nous posons concernant leur organisation et le projet associatif…

Une colo en pleine nature

Nous apprenons ainsi toutes les démarches qu’entreprend la direction de la maison sur les questions de qualité alimentaire : favoriser le fait maison, le bio, le local… 

Ce n’est qu’un de leurs nombreux projets visant à améliorer encore la vie dans la maison et réduire son impact écologique. Le château pour les poules est en construction, les moutons qui tondront peut-être la pelouse viennent d’arriver, le four à pain qui accueillera le boulanger est en rénovation, etc.

Nous discutons également de la forte fidélisation des équipes et du conseil d’administration composé de 11 personnes. Les deux administrateurs avec lesquels nous discutons nous racontent qu’ils ont été animateurs et directeurs de séjours de Courcelles avant d’être élus au CA.

Maël, le directeur adjoint de la maison, nous explique que le bilan de l’été avec les animateurs est programmé le même week-end que l’assemblée générale, et que les animateurs deviennent adhérents au bout de deux semaines d’animation à la colo. De cette façon, 5 ou 6 animateurs en moyenne rejoignent chaque année le “conseil de Maison”, une autre instance à Courcelles.

Il en existe une autre encore qui réunit les directeurs (dont fait partie Laura) autour de questions pédagogiques (amélioration d’espaces, création d’outils comme la feuille du coordo, réécriture du projet pédagogique, préparation de la journée d’information des animateurs de l’été, recrutement, etc.).

Nous comprenons aussi que les directeurs ont une certaine liberté dans leur rôle : certains développent plus la liberté, d’autres mettent plus l’accent sur les projets d’enfants ou les événements, etc.

1 animateur pour 4 enfants

Il nous reste encore des questions : est-ce que cette pédagogie convient à tous les enfants qu’ils accueillent ? N’y a-t-il pas des enfants qui décrochent au bout de quelques jours ?
Laura nous explique que les enfants réagissent tous différemment, et que l’attention portée par les animateurs et le taux d’encadrement confortable (1 pour 4) leur permettent de trouver des solutions individuelles pour répondre à leurs besoins, leurs envies.

Nous remarquons également une force pédagogique à Courcelles : le projet (pourtant complexe) est simplifié à tel point que les animateurs peuvent intégrer l’équipe quasiment sans préparation. Nous nous demandons si tous les animateurs ont conscience des intérêts et intentions de cette forme de pédagogie sur les enfants. Les directeurs de la maison nous expliquent simplement que les animateurs comprennent en vivant dans la maison, c’est d’ailleurs comme ça qu’ils construisent leur journée de préparation pour les animateurs de l’été.

Maël nous parle aussi des difficultés que rencontrent certains animateurs qui se posent trop de questions sur la mise en place d’une pédagogie “alternative”… Encore un point en commun avec notre réalité.
En effet, malgré nos projets si différents, nous avons perçus de nombreuses similitudes, c’est aussi une des grandes surprises rencontrées lors de cette visite : le rôle de l’animateur de chambre (dit « référent » à Evasoleil), le projet des préados qui ressemble comme deux gouttes d’eau à notre projet 6/10 ans, l’importance de la réunion où l’on parle de chaque enfant afin de s’assurer que chacun vive bien son séjour, et bien entendu que l’activité vienne toujours de l’envie des enfants !

Merci à l’équipe de Courcelles pour leur accueil chaleureux. Cette journée enrichissante fut pour nous très agréable. Nous pensons que ce genre d’invitation devrait se répandre davantage entre les différents professionnels, et en particulier ceux qui proposent des accueils alternatifs, et en recherche d’innovations pédagogiques.

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Publié le 4 mai 2018 Par Laure Riffard
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